Je me réveille en sursaut. Mes membres tremblent. Une sueur tiède perle mon front, comme si celui-ci hurlait de douleur. Ma vue un peu trouble, je perçois néanmoins une pièce pauvrement meublée. Froide, sombre, inquiétante.

Ma tête tourne à cent kilomètres à l’heure. Des images floues dégringolent, et j’ignore si c’est un rêve ou un amalgame de souvenirs désordonnés.

Je tente de me mouvoir. Des cliquetis résonnent dans mon dos. Mes mains sont menottées à un radiateur glacial qui écorche ma peau. Une épaisse corde m’enroule du cou aux talons, tel un python royal étouffant sa proie.

Je me trouve habillée, cependant mes vêtements ne sont plus que lambeaux, déchirés çà et là et ne me protégeant nullement de ce froid paralysant. Un silence inquiétant plombe l’atmosphère. Je tente de me libérer de l’étreinte de cette corde, ce qui ne résulte qu’à davantage de douleur. Déglutissant tant bien que mal, je perçois un arrière-goût de sang au fond de la gorge.

Que m’est-il arrivée ?

Où suis-je ?

Pourquoi ?

Mes questionnements n’ont pas le temps de trouver de réponse, car j’entends des bruits de pas s’approchant ; des pas lents, assurés. La serrure grince, puis la porte. Je distingue une ombre s’avancer lentement vers moi. Étrangement, elle ne paraît pas menaçante.

Pourtant…

L’ombre s’accroupit face à moi, à quelques centimètres de mon nez. Je reconnais le visage d’un homme. Non, pire. Je reconnais SON visage. Ce regard que je reconnaîtrais entre mille, et ce sourire… Ce sourire si indescriptible. L’homme m’embrasse.

Ce goût de sang.

C’était lui.

Lui.

« Tu dois avoir soif, murmure-t-il, depuis le temps que tu es enterrée ici. Tiens, prends un peu d’eau. »

Il saisit une petite fiole de sa poche contenant un liquide transparent et incline doucement ma tête en arrière. Lorsque le récipient atteint mes lèvres, je recrache derechef sans avaler. Ce liquide n’est autre que de l’alcool à quatre-vingt-dix degrés. Je tousse et me hasarde à crier, pourtant j’ai bien trop peur. Attachée, menottée, presque nue, je ne peux me permettre quelconque mouvement de rébellion, car Dieu sait ce dont l’homme est capable en position de pouvoir.

Cet homme dont je ne prononcerai pas le nom sourit et me susurre à l’oreille :

« Tu n’as jamais accepté quelconque cadeau de ma part, pas même cette eau. Il faudra pourtant un jour que tu me fasses confiance, je ne te veux aucun mal. »

Il sort un couteau de sa poche, me susurrant :

« Regarde, je vais te prouver que je ne veux pas te faire souffrir. Je vais sectionner cette méchante corde. »

Il la saisit d’une main et approche le couteau de l’autre. Puis s’arrête net.

« Dommage, j’ai changé d’avis ! Avant d’ôter cette corde, je voudrais que l’on parle un petit moment. Je voudrais un moment à nous, uniquement à nous. »

Il déchire ma chemise afin de dénuder mon épaule, et j’ouvre la bouche en un cri étouffé. Puis il commence à dessiner quelques traits sur ma peau ; avec le couteau. Ses mouvements sont lents ; la douleur est lancinante. Je crie – panique, horreur, désespoir. Bien que la lame ne pénètre que superficiellement, je sens une brûlure envahir chaque membre de mon corps.

Des larmes suintent généreusement, je me débats avec mes forces restantes, je m’époumone en vain, je le supplie de me laisser partir, que je ferai tout ce qu’il voudra.

Je comprends que je vais mourir.

C’est ainsi que je t’ai aimé, A.

Juin 2013


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