Des échos, de brefs instants, des mondes indépendants capturés en quelques lignes.
J’aurais voulu être
J’aurais voulu être un artiste,
Ébéniste,
Souffleur de verre,
Dictateur,
Tailleur de mouchoirs,
Chef de file,
Croque-mort,
Cracheur de feu,
Clown de cirque,
Chômeur,
Garde-fou,
Faiseur de planètes.
J’aurais voulu être
Tendancieux,
Polygame,
Malléable,
Borderline,
Drogue addict,
Les pieds sur terre,
Vert de rage,
Bleu, comme l’orange de Paul.
Finalement, j’aurais voulu être ici, avec toi.
Parce que j’aurais voulu crever seul.
Le gynécologue
Aujourd’hui, je chante. Je chante ta vie, je chante ta mort, ton passé, ton présent, ton futur.
Je suis celui qui fera rire parce que je ne sais pas chanter.
Je suis la nuit, le beau temps, la buée sur la vitre.
Je suis le feu du tonnerre et le vent de l’hiver.
Je suis les ecchymoses rancies d’une vie bien ordonnée.
Je suis l’oubli de tes clés car tu as trop joui.
Accueille-moi sur ta nuque, telle une pluie de passage. Je longerai ton échine, te ferai frissonner.
Secrètement, je glisserai vers tes hanches, pour te rafraîchir un peu. Mais la chaleur de ton cœur me fera s’évaporer.
Comme mon amour, finalement. Comme les sentiments que je t’ai portés.
Comme l’ivresse de nos partages désabusés.
Comme ce poignard avec lequel tu m’as castré.
Mon amour, toi-même tu sais…
M comme Mélancolie
Cela fait combien de temps que nous ne nous sommes vus ? Deux ans, trois ans ?
Parfois, tu me manques. Peut-être même, un peu plus qu’un peu.
Je me souviens de notre rencontre, qui paraissait si simple, mais qui a bouleversé ma vie dès les premières secondes. Un subtil coup de foudre. J’étais déjà en couple à ce moment-là. J’ai tenté de ne pas montrer que j’avais des sentiments pour toi, cependant mon compagnon l’avait remarqué. Ce n’était pas très grave, car il était polyamoureux. Néanmoins, il n’attendait qu’une seule occasion pour me tromper.
J’ai donc fait mes premières exigences, et tu as servi comme soumis. Alors, je t’ai testé, et j’ai rapidement remarqué que tu le faisais très bien, même si c’était la première fois.
Être soumis, c’est une nature, pas une action. Pas un rôle à jouer. C’est un besoin au plus profond de soi, comme être dominant, d’ailleurs.Nous avions un lien, plus fort que quelque chose de terrestre. Par ailleurs, tu es, encore à ce jour, une des personnes que j’ai le plus aimées au monde. Je m’en aperçois, maintenant que tu fais partie de mon passé.Si je te revoyais, honnêtement je ne sais comment je réagirais. Je serais très heureux, mais également mélancolique. Surpris et excité. Souriant et triste.
Mises à part tes fréquentes et longues absences, la vie était une évidence avec toi. Même se promener dans les rues était une évidence. Il y avait cette complétude dans nos dissemblances. C’était beau. Et fort.
Si j’avais patienté plus longtemps, où serions-nous désormais ? Probablement dans une autre ville, dans un autre pays.
Prague, certainement. Miami, ensuite.
Penses-tu encore à moi de temps en temps ?
De toutes les façons, nous n’habitons sûrement plus au même endroit.
Et pourtant, je me souviens toujours de ton odeur ; elle était discrète, et sucrée.
Comme toi.
Je ne t’oublierai pas.
Merci pour tout, M.
Mais le savais-tu ?
Même si j’écrivais déjà depuis longtemps, cette page a vu le jour pour toi.
19 octobre.
Le choc.
Je l’ai su le lendemain.
Le nombre de fois où j’ai cherché ton nom sur internet, n’était-ce que pour avoir une source qui affirmait que c’était une – mauvaise – blague.
J’ai fait des jours entiers de recherche, où je m’isolais afin de lire à propos de toi. Je voulais tout connaître, jusqu’à ta pointure de tes souliers, jusqu’à ton jour préféré de rasage, jusqu’à ton rituel matinal. Même si brève, tu étais devenu une obsession. Pathologique ? Peut-être, et alors ?
Trois jours plus tard, lorsque j’en eus assez, j’en voulais encore. Ainsi j’ai écrit « La faille du fou ». Il me fallait, d’une manière ou d’une autre, que tu restes vivant un peu plus longtemps, au moins dans ma tête. Ce n’était probablement pas mon meilleur texte, ni le plus touchant, pourtant ce fut celui pour lequel j’ai le plus versé de larmes.
Au final, j’ai fait naître cette page peu après mon site, avant tout parce que j’avais envie d’hurler mon mal-être. J’avais envie que le monde entier sache à quel point je t’aimais, à quel point je souffrais. Moi qui d’habitude préserve ma peine dans ma caverne, sans que les autres ne soient au courant.
Jamais je n’ai autant regretté, jamais je n’ai autant pleuré une personne. Et pourtant, je ne t’ai jamais rencontré.
Lorsque j’en ai parlé à d’autres qui te connaissaient, je fus soulagé de ne pas être le seul à ressentir autant d’émoi.
Tu étais notre soleil.
Mais le savais-tu ?
Nous sommes déjà en 2026, voilà bientôt trois mois, et je pense encore à toi régulièrement. Mon calendrier, que je change chaque semaine, s’est arrêté à ce jour funèbre. Je n’arrive pas à tourner la page. Peut-être que je ne suis pas prêt. Je ne sais même pas si j’en ai envie.
Parfois, je contemple là-haut et fantasme sur ta réincarnation. Me disant que tu reviendrais ici, parmi nous, sous les traits d’une autre personne mais avec la même aura.
Et puis après, je me souviens que tu es irremplaçable…
Fuck.
Ce texte n’est pas fait pour être beau. Il ne fait pas de style, il est purement vrai.
J’écrirai certainement pour toi encore quelque temps. J’en ai tellement besoin. Ne serait-ce que pour, encore une fois, ne pas oublier que je ne peux pas t’oublier.
Jamais.
Jamais.
Mais putain, bordel, quand je pense à toi…
Qu’est-ce que j’ai mal…
Ton premier anniversaire dans un autre monde
Tu as trente-et-un ans aujourd’hui. Trente-et-un, ou trente-deux ? Je ne sais plus.
Paraît-il que tu as toute la vie devant toi.
Que pouvons-nous t’offrir en ce jour de fête ?
Tu as à disposition des murs blancs, une porte blindée et une fenêtre à barreaux. Quelle magnifique vue sur le mur d’en face et, si tu te penches un peu, tu auras la chance de percevoir les barbelés.
Pour ton anniversaire, tes habitudes ne changeront pas : vingt-trois heures sur vingt-quatre dans ce petit studio, parfaitement aménagé d’objets surveillés et minutieusement scannés aux rayons X.
J’aurais aimé être là. J’aurais aimé que nous puissions nous retrouver, partager un verre, évoquer des souvenirs et des rêves, comme d’habitude.
Les choses auraient pu prendre un autre cours. Auraient dû. Pas forcément meilleur, pas forcément pire. Pourtant les choix ont été faits, et nous voici désormais séparés par des murs froids, réduits à des mots à distance pour un anniversaire que nous ne célébrerons pas ensemble.
Je ne sais que dire de plus.
Que le temps s’écoule ? Tu le constates chaque jour, chaque heure devant ta télévision. Qu’il finira par passer ? Tu t’y accroches, je le sais. Que tu occupes mes pensées ? Certes, mais cela ne change rien. Les mots ne brisent pas les barreaux.
Alors, je te dis simplement ceci : tu me manques. Pas constamment, mais par instants. C’est frustrant de comprendre qu’il n’existe aucun moyen d’alléger ton fardeau, d’accélérer le temps, de te ramener parmi nous. C’est si frustrant, de se savoir impuissant.
Trente-et-un ans, ou trente-deux, peu importe.
Ce qui compte, c’est que je ne t’oublie pas.
Tiens bon.
Moi aussi, je t’aime.
Tu aurais trente ans aujourd’hui
Aujourd’hui, c’est ton anniversaire.
Tu aurais trente ans aujourd’hui. Tu as tellement vu et vécu en si peu de temps, et nous as fait vivre d’innombrables émotions.
On regarde encore et encore tes vidéos, parfois en boucle. Pour ne pas oublier que l’on ne peut pas t’oublier. Il est trop dur de se dire qu’il n’y aura plus de nouvelles.
Ta disparition si soudaine nous laisse une trace intangible, et pourtant si concrète.
Nous regardes-tu de là-haut, ou es-tu trop occupé à être heureux ?
Mon cœur se serre de devoir te penser au passé ; je n’y arrive toujours pas.
Au fond, en ai-je vraiment envie ?
Mais, il fait un peu moins froid lorsque je me dis que tu es enfin en paix.
Ne t’occupe pas de nous ; nous te retrouverons tôt ou tard.
Et surtout, je t’en prie, ne te sens pas désolé.
Surtout pas.
Surtout pas.
Empathie et compassion
Quelle est la différence entre l’empathie et la compassion ?
L’empathie comprend, la compassion ressent.
L’empathie analyse, la compassion nous inspire.
L’empathie emmagasine l’information, la compassion est le miroir de l’autre.
J’ai beaucoup d’empathie, mais je suis dénué de compassion. Je n’y trouve pas l’utilité. Il m’importe de comprendre, et pour comprendre, je n’ai pas besoin de ressentir. Pragmatique au premier degré, je suis un petit caillou solitaire parmi d’autres petits cailloux solitaires.
Probablement que je mets tout en œuvre pour ne pas m’encombrer de sentiments qui alourdissent. La peine de vivre elle-même est déjà bien assez lourde, nul besoin d’en rajouter.
Le plus drôle, c’est que je demande de la compassion, dans l’intimité.
Ai-je le droit ? Suis-je assez bon pour que l’on m’en procure ?
Et vous, de quel côté du cœur penchez-vous ?
Ne me dites pas
Ne me dites pas que mon rêve de lui serrer la main, de lui demander de poser les yeux sur moi, s’est évanoui à jamais.
Ne me dites pas qu’il n’était pas mon ami.
Ne me dites pas qu’il a été entendu.
Ne me dites pas que nous l’avons bien traité.
Ne me dites pas qu’il l’a fait exprès.
Ne me dites pas qu’il l’a mérité.
Ne me dites pas que la vie continue.
J’ai perdu un ami, cher, un confident, une raison de sourire, une raison d’y croire. J’ai perdu un médicament, une thérapie, une fugue, une réponse, une caresse.
J’ai perdu quelque chose qui jamais ne sera réparé.
Le trou béant qui vomit continuera de vomir ; il sera simplement mieux dissimulé. Mais il continuera.
Et puis, j’ai gagné une leçon. En tant que professeur, ce fut sa plus belle, et sa dernière.
Celle que la vie n’a pas de prix.
C’est ce qu’il aurait voulu.
J’aurais aimé voyager à travers le temps
J’aurais aimé voyager à travers le temps.
Pas pour retrouver mon père, ni lui demander pourquoi il m’a laissé.
Pas pour avoir une identité, une origine.
Pas pour changer de famille, même si je ne les connais plus.
Pas pour avoir une vraie mère, même si je la déteste.
Pas pour aider mon grand-frère, qui est apparemment schizophrène.
Pas pour éviter mes tentatives de suicide.
Pas pour m’occuper seul de ma fille, et éviter beaucoup de problèmes avec son père.
Pas pour revoir Tatie, et lui dire que je l’aime avant sa mort.
Pas pour éviter un mariage éclair et raté.
Pas pour me venger d’Alex, celui qui m’a violé.
Pas pour éviter les burn out et le mobbing.
Pas pour retrouver les amis que j’ai perdus.
Pas pour ne pas assister au meurtre du père de mon ami.
Pas pour éviter d’enchaîner les psys sur vingt-cinq ans.
Et que l’on ne vienne pas me dire que l’on pense mieux si mille personnes pensent la même chose.
Certains souffrent et ne font pas semblant.
J’aurais aimé voyager à travers le temps.
Parce que j’aurais aimé entendre ta voix un peu plus longtemps.
Implorer de ne pas voir demain
Homme invincible, qui est celle que tu chantes ?
Tristan l’endormi avait trouvé la paix
Sa douce amie Yseult de fol amour pleurait
Avides de justice, ses mains profondément creusaient
Ce gouffre béant dans le nord du comté.
Depuis la veille, la belle avait choisi sa tombe
Des sanglots de sang suintaient de cette douce colombe
La pucelle aux bras nus et aux blanches mains
Implorait le ciel de ne pas voir demain.
Husdent le chien fidèle avait traîné le corps
Jusqu’à l’orée du bois, jusqu’à sa mort.
Il faisait froid, il faisait seul, il faisait peur
Car ce fut en cette nuit que se fanêrent leurs cœurs.
Homme invincible, qui est celle que tu chantes ?
Femme invisible, qui est celui que tu hantes ?
La comptine du saule pleureur
Malgré cette lourde chaleur
Il fait si froid dans mon cœur.
Plus vive s’installe ma douleur
Celle qui incarne la peur.
Toi, douce muse de ma pudeur
Prisme incandescent aux mille couleurs
Tu pensais que possible était le bonheur
N’oublie pas, la mort est ma petite sœur.
Légers tremblements, légères stupeurs
Il n’est d’endroits où ne se trouve ma rancœur.
Ce mal-être si bon, si bienfaiteur
Sentence fatale survenant de bonne heure.
L’enfant qui est en moi ne détient plus de pleurs
Puisque vivre, pour lui, est un si rude labeur.
Son âme, déjà, s’est déliée de son cœur.
Et tout, désormais, n’est plus que plénitude.
Un monde sous mes pieds
Et si l’on chantait plus fort ?
La terre vibra, gronda, ouvrit ses entrailles en un gémissement désespéré. La terre se dénudait sous mes pieds, ou du moins ce qu’il en restait. Prenant son temps, elle rugissait sa sauvage rébellion.
Je n’avais pas peur, j’avais simplement froid. Terriblement froid. La Terre mère me restituait, ou plutôt me vomissait au visage tout l’amour que j’avais pour elle.
Soudain, une gigantesque main osseuse, aussi apaisante que le cri des derniers jours, m’empoigna le talon et aspira mon corps dans les interminables abysses.
C’était la main d’Hadès, celui qui fut, un jour, ce père que j’avais tant aimé.
Duel
Dame de jour, belle de nuit
Aux lueurs de la ville, s’étonnait le carillon.
Censuré, fidèle, le plus intime des sons.
La lune s’affaiblissait face au soleil levant,
Les dunes du Sahara devenaient rougeoyantes.
Je serrai les poings comme par enchantement,
J’imaginais les tiens, puis ceux de tes amants,
Tu m’accuses de ma haine,
Mais tu en fus la graine.
Assis près d’un palmier, je ne voulais chanter
Ni tes cris, ni tes faiblesses, ni ta gloire du passé.
Je craignais par-dessus tout ce duel éternel,
Ce conflit infini, ma Lune, ton Soleil.
Nautilus
On m’a nommée Nautilus avant même que je daigne ouvrir les yeux. L’on dit de moi que j’ai un corps de déesse, telle Amphitrite, femme d’un certain Poséidon. Je ne le connais pas, mais il détient un nom plutôt pédant.
L’on dit également de moi que mon enveloppe extérieure se fond dans un nombre infini, un nombre d’or aux effluves d’immortalité.
Hop, je me sers de mon flair. Je nie les parois visqueuses de cette enveloppe de sang chaud, rassurant. Je perçois une issue non loin de mon crâne. Je pousse, je nage, du moins j’essaie. J’appuie sur les muscles de mes jambes, encore faibles d’inactivité.
Enfin, je distingue une lumière aveuglante, mes poumons se remplissent de dioxyde de carbone, je vomis du liquide amniotique. Je pleure, je saigne, je crie vengeance. Je respire.
Je suis née Nautilus. Je suis née durant le solstice d’hiver. Je suis née déesse mortelle.
J’aurais dû demeurer dans le ventre de Rhéa.
Ange parle-moi
Ange parle-moi,
Le dernier jour va s’éteindre
Et cette lueur me négligera,
Xylophone d’espoir qui carillonne en les Abymes de mon âme.
Ange réponds-moi,
Ni Satan, ni l’Apocalypse ne m’empêcheront de t’étreindre
Déterre mon cœur, car sans toi mon aile est déchue,
Révèle les volets de ma passion, face à toi, je me trouve sans armes,
Encore une fois, mon Ange, protège-moi…
Homme d’honneur plus que beau parleur,
Et franc penseur plus qu’idéal menteur.
Rien qu’à ouïr ta voix, mon cœur vibre,
Il en devient intimidant, il excite toutes mes fibres.
Toi qui n’as rien de pire qu’autrui,
Il en faut, je dirai, afin de récuser ces défauts.
En se remémorant ce grand nombre de nuits
Réitérant ces « si seulement » à cet ange que j’aime…
Un soir de Noël
L’air fut plus frais, plus piquant que d’habitude, cependant il sembla plus accueillant. Le ciel de cette nuit était constellé d’étoiles scintillantes telles des diamants sur un calme océan, qui n’avait nulle intention de s’éveiller. Une douce brise se promenait et caressait le visage de chacun penchant la tête à travers la fenêtre de son habitat, celui-ci noyé dans la neige d’un blanc parfait, un blanc pareil aux rêves des enfants. Les cloches de minuit carillonnèrent, semblables à une mélodie dont on ne serait capable d’en détacher son ouïe.
Puis, une pluie abondante de flocons s’éparpilla à travers tout le pays et, qui sait, également à travers toutes les mers.
Alors, tout en savourant les merveilles qui s’animaient autour d’eux, les gamins comprirent ce qu’était Noël, le bonheur de le vivre, bien que ce ne fût qu’un éphémère instant de l’année.