Je marchais, seul,
Sur l’étroit et long sentier,
Sur ce parcours inachevé,
Où dès en automne, fleurs et feuilles
Tombent légères,
Telles poussières d’hiver.
Le soleil se couchait,
Les nuages ne tarderaient à venir,
Le vent se levait.
Je sentais ma peau se durcir,
Je sentais les cheveux me fouetter.
Il est temps d’apprendre à vivre.
Blanc telle neige,
Les yeux rivés au loin.
Une vie que l’on protège,
Et qui s’estompe soudain.
Je scrutai cet immense phare,
L’étincelle d’une perle rare.
Sur le bord du rocher,
Qui semblait épuisé.
Il éclairait la mer de sa lumière ardente,
Il charmait mon âme de sa voix plaisante.
Tournant vivement la tête,
Remarquant une plage déserte,
Appréhendant le noir qui planait,
Je constatai que le soleil se levait.
Cependant, ce soir, il s’apprêtait à mourir.
Seuls le chant des vagues
Et le sifflement d’un navire,
Avec une certaine élégance
Tranchaient cet infâme silence,
Qui accroissait mes peurs.
Je progressai parmi les arbres,
Puis retirai mes chaussures.
Le sable se plantait dans mes os,
Se faisait sec et gros.
On voyait bien que l’hiver approchait…
M’installant sur une pierre,
Je l’avais remarquée.
Oui, quelque chose avait changé ;
Mais surtout l’atmosphère.
Tout à coup,
Pour la première fois,
Sans la venue de mon courroux,
Sans un seul son de ma voix,
J’étouffai mes troubles d’antan,
Comme lorsque j’étais enfant.
Sur une roche massive
J’eus une vision naïve.
Mariée à l’eau et ses murmures,
Se tenait une créature
Si frêle,
Si belle,
Que nulle autre ne pouvait l’égaler.
Car à ses côtés,
Chacun se faisait laid.
Ses cheveux lui frôlaient les hanches,
Ses yeux, malicieux et profonds
Suscitaient des récits et chansons,
Des paroles amoureuses et franches.
Elle contemplait ailleurs,
Elle s’ancrait dans mon cœur;
Songeuse,
Rêveuse,
Bercée par le vent
Qui animait ses chants,
Qui rongeait mes entrailles
De mille et une entailles.
Une sirène…
C’était la première fois.
Elle était bien assise
Au sein de cette brise,
La tête entre les mains et
En un élan affamé,
Malgré la violence du vent,
J’entendais sa plainte, déchirant
Le ciel ; elle avait, si l’on peut dire, renoncé…
Je ne connaissais ni son nom, ni son origine ;
Tout m’était si nouveau, jusqu’à ses larmes divines.
Quand bien même pour elle, je n’étais qu’un inconnu,
J’avais cette étrange impression de l’avoir déjà vue.
Quelque chose me disait
Que malgré ma fierté
Je devais la voir,
La croire,
L’épauler,
La consoler,
La vivre,
La sentir,
L’imaginer,
L’affronter,
L’attendre,
La comprendre.
Je devais être elle, et son alter-ego.
Elle agrippa son regard au mien,
Ses mains noyées de pleurs et de regrets.
À la recherche d’un nouveau matin,
Mon chant funéraire lui était destiné.
Elle baissa la tête, sourit à ma crédulité d’humain,
Repartit dans les profondeurs de l’océan.
De toute façon, elle avait tout son temps,
Et elle n’y croyait plus, à ce fameux destin.
Elle me délaissa à un de ses caprices
Qui fut l’objet concret de ma vie,
Même elle, n’était plus qu’un délice,
Car par la suite, jamais plus je ne la revis.
❖ Automne 2002